Friday, 27 August 2021

Marie Dauguet: 'La vie est un moment' (1924)

 

La vie est un moment...

 

La vie est un moment qu'on ne peut fragmenter ;

Du passé au futur elle reste la même ;

Et ton âme simultanée est un seul thème,

La même symphonie : le scherzo, l'andante

 

Pleurant et l'allegro qui s'efforce au triomphe.

Tu étais toi le jour où, près de ce vieux mur,

Inondé de printemps, ton cœur d'enfant se gonfle

Et toi quand sous ton front éclatait tout l'azur

 

Caressé du soleil où les froments mûrissent.

Et tu fus encor toi quand la douleur est là

Avec sa meute atroce et qui te harcela,

Ses hallalis dont l'âme et la chair retentissent ;

 

Dans la haine et l'amour de la vie ; dans l'amour,

Avec son frisson vide ou son dévouement d'ange

Et son don absolu, chagrins longs, bonheurs courts ;

Cœur faux, faible, sans foi, un autre où rien ne change.

 

Ame divinisée, tu fus ces jaunes feux

Des lunaisons gardant au long des prés aqueux

D'octobre les troupeaux, et la paix violette

Des soirs que traversait le cri flou d'une chouette.

 

Un lac suisse, Schubert, un bois lorrain, les pins

Aux troncs pourprés... tout près d'une mer qui halète ;

Pise, le vent d'argent parmi les Apennins,

Le Palatin où l'on cueille des pâquerettes.

 

L'étang mêlé à toi inextricablement,

Dont l'odeur te parlait autant que la musique,

Les harpes des roseaux et leur ruissellement,

Les soupirs nuageux des peupliers mystiques.

 

Et c'est pourquoi ce livre où je suis tout entier

A fait de mes années le bois qui enchevêtre

Des oliviers en fleur à l'automne du hêtre,

La mousse s'éplorant et le chant d'un ramier.

 

Je l'écrivis pour moi, souvent la tête basse,

Me rappelant d'avoir parfois perdu ma trace

Ou contemplant mon art que j'aime avec orgueil.

Quel est ce Faust assis qui rêve sur mon seuil.

 

 

Life is a moment...

 

Life is a moment that cannot be fragmented;

From past to future it always remains the same;

And your simultaneous spirit is a sole theme,

The same symphony: the scherzo, the andante

 

That weeps and the allegro striving to prevail.

You were yourself the day when, close to this old wall,

Flooded with spring, your childhood heart begins to swell,

And when, beneath your brow, the whole sky rent its veil

 

Caressed by sunlight where the wheat will soon mature.

And you were still yourself when all the pain is there

With its atrocious hounds and sought to plague and scare,

Its hunting cries that soul and flesh can scarce endure;

 

In the hatred and love of life; in love – a flame

With its empty thrill or angelic devotion,

With lasting sorrow and brief bliss its sure potion;

False heart, weak, faithless, someone else yet still the same.

 

Deified spirit, you were that yellow-fire cowl

Of lunar months which tend the herds along the leas,

Water-logged in October, and the violet peace

Of evening traversed by the vague cry of an owl.

 

A Swiss lake, Schubert, a wood in Lorraine, the pines

With purple trunks… with close at hand a sea that gasps;

Pisa, the silver wind among the Apennines,

The Palatine, where one picks daisies in the grass.

 

The pond with which you inextricably have melled,

The smell of which as much as music spoke to you,

The harps of reeds, their slow arpeggios dispelled,

The cloudy sighs of mystic poplars that you knew.

 

And that is why this book, which all of me contains,

Has made a wood out of my years that intertwines

Blossoming olive trees with autumn beech’s lines,

The seep of weeping moss and collared dove’s soft strains.

 

I wrote it for myself, often with bowed-down head,

Recalling sometimes I have lost my guiding thread,

Or thinking of my art, which I still love with pride,

Who is this seated Faust that dreams here right outside.



No comments: