Wednesday, 9 December 2020

Marie Dauguet: 'Les blés'


 

Les blés

 

La somptuosité du soleil écroulé

Froissant à larges plis sa moire cramoisie,

La pâleur de la lune au loin qui s'émancipe,

Et là-dessous la mer écarlate des blés.

 

Reflets et chatoiements, clartés contradictoires;

Les chardons sont d'émail nuagés d'or soyeux,

Un damas lumineux pare le flanc des bœufs,

La mare s'embellit de roses illusoires.

 

Une odeur de bétail veloute l'air du soir;

Tout resplendit, les murs byzantins d'une abside

Et, caché aux remous des blés que le vent ride,

Le village enfumé semble un pourpre encensoir.

 

Mais la lune à jailli, bleuet hors d'une gerbe;

Les rayons du couchant tremblent violacés

Auréolant, debout dans leur orgueil superbe,

Les bruits au long des chaumes entassés.

 

Et l'océan des blés plus doucement frémit...

Que nos corps consumés à l'égal de la terre

Reposent par les champs comme au bord d'un cratère

Dans l'ardente torpeur des épis endormis.

 

 

The cornfields

 

The sumptuosity of dusk’s exhausted sun

Creasing its crimson shot-silk into broadish pleats,

The paleness of the distant moon that soon breaks free

And under this the scarlet seas of cornfields run.

 

Reflections, shimmerings, conflicting clarities;

The thistles enamel, clouded with silky gold,

The flanks of cows are luminous with damask folds

The pond adorned with roses’ unrealities.

 

A smell of cattle mellows the soft evening air;

All’s radiant, an apse’s low Byzantine walls

And, hidden in the rippled swirls of wind-furled corn,

The smoky village seems a purple censer there.

 

But the moon has burst out, cornflower out of a spray;

The setting sun’s rays tremble in a purple dance

And halo, upright in their splendid arrogance,

The sounds along the piled-up sheaves that gently sway.

 

And the corn ocean quivers as if gently borne…

So that our bodies too, consumed just like the earth,

Now rest beside the fields as at a crater’s edge

In the fervent torpor of sleeping ears of corn.

No comments: