Monday, 29 March 2021

Marie Dauguet: 'Sous les feuillages moites et sombres'

 



Sous les feuillages moites et sombres

 

Sous les feuillages moites et sombres

Des vernes, nous irons dans l’ombre,

Ecartant les gaules du poignet,

Pêcher dans le ruisseau du Moulin Greget.

 

L’air étalé sent bon les foins,

Et, tout au loin,

Sans doute en la chaleur qui les aveugle,

Un couple de bœufs doux, traînant un chariot, meugle.

 

Auprès d’un vieux mur accroupis,

Deux gamins gardent leurs brebis;

Je vois d’ici, entre les branches,

Parmi le pré, les toisons blanches.

 

Et l’eau fuit sur les pierres plates,

Autour de nous, en larges nappes,

Ou bien sournoisement se folâtre

Et creuse la berge noirâtre.

 

Sous les ronciers, dont s’entrecroisent les arceaux,

En vifs ressauts,

Heurtant les pendantes ramilles,

Elle éparpille

Un peu d’écume.

 

Et j’aime à me griser de l’amertume sombre

De cette eau noire qui vire aux pieds des vernes d’ombre

 

Mais puisque là-bas le soir tombe,

En l’herbe lasse;

Au ciel couleur de serpolet

Que, flageolet

Rustique, la bise s’est tue,

Au soir de cendre,

Nous allons tendre,

Avec des gestes de silence,

Pour attraper des écrevisses, nos balances,

 

Et nous respirons alors l’odeur de notre enfance.

 

 

Under the alders’ mottled sombre pall

 

Under the alders’ mottled sombre pall

We like to fish when evening shadows fall,

With bent wrists dip our rods out of the way

And go down to the river at Moulin Greget.

 

The air’s pervaded by the scent of hay

And, far away,

Because the heat is now a dazzling glow,

A pair of gentle bullocks pull their cart and softly low.

 

Beside an old wall two youths squat,

Watching their ewes from this close spot;

Between the branches I can see

White fleeces dotted round the lea.

 

The water flows over the flattish stones

Around us, in broadish slicks that roam,

Or, surreptitiously at play,

Burrows in banks of blackish clay.

 

Under the briars’ intertwining arches,

In jolts and lurches,

Colliding with thin hanging strands,

it scatters bands

of streaky foam.

 

I love to feel the rush of this black water’s

Sombre bitterness, swerving round shadows of alders.

 

But since night’s falling over there

In weary grass;

And in a wild-thyme coloured sky

Where, rustic

Flageolet, the breeze has fallen still,

At evening’s ending

We will be tending –

With gestures indicating silence –

Our crayfish nets to view our catch,

 

And then will breathe a snatch of childhood.

 

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